« D’habiles et froids calculateurs pourront venir démontrer encore et toujours que le règne de l’Érasmisme est impossible, et les faits pourront paraître leur donner raison : n’empêche qu’ils seront toujours nécessaires ceux qui indiquent aux peuples ce qui les rapproche par-delà ce qui les divise et qui renouvellent dans le cœur des hommes la croyance en une plus haute humanité. Il y a dans le legs d’Érasme une promesse créatrice. Ce qui montre l’esprit hors de son cadre, dans les dimensions de l’humanité, donne à l’individu une force surhumaine ; seules les revendications qui les dépassent et qui semblent presque irréalisables donnent aux hommes et aux peuples la connaissance de leur véritable mesure. »
Stefan Sweig – Érasme
Né au XVème siècle, Érasme de Rotterdam fut prêtre, précepteur, traducteur, théologien, homme de lettres… Surnommé Le Prince des humanistes, il est l’une des plus illustres figures de la Renaissance, au même titre que Rabelais, Montaigne ou Jean Pic de la Mirandole. Il a fréquenté les grands de son époque, à l’exemple de l’empereur Charles Quint, de ses amis Thomas More (auteur de L’Utopie), Hans Holbein le Jeune (qui a fait plusieurs portraits de lui) et Beatus Rhenanus (cf. mon post La Bibliothèque humaniste de Sélestat), ou de Luther qui deviendra son pire ennemi ; car, bien qu’en accord avec certaines réformes du protestantisme, il restera fidèle au catholicisme.
Travailleur acharné de l’esprit, malgré sa faible constitution et son tempérament mélancolique, Érasme a notamment retraduit le Nouveau Testament à partir de manuscrits grecs – une traduction qui fera date –, a commenté des milliers d’adages d’auteurs antiques (Les Adages) ; a écrit un livre édifiant sous forme de « conversations courantes » (Les Colloques) ; sans oublier Éloge de la folie, la plus fameuse de ses œuvres, qui pointe d’un doigt érudit et ironique la folie des hommes, et les quatre-mille lettres écrites au cours de son existence.
Quelque peu désabusé face aux violences de son époque et à l’inconstance des hommes, Érasme restera cependant un homme de paix, tolérant et ouvert. Européen avant l’heure, il n’a cessé de voyager à travers la France (Paris, Calais, Orléans), l’Angleterre (Londres, Cambridge, Oxford), la Belgique (Bruxelles, Louvain, Anvers), l’Italie (Bologne, Venise, Rome)… Et là où les autres voyaient des divisions ; lui était en faveur d’une Europe unie par la culture et le christianisme. C’est d’ailleurs pour cette raison que le programme communautaire d’échanges universitaires fait référence à son nom : ERASMUS (EuRopean Action Scheme for the Mobility of University Students).
Les dernières années de sa vie, il les a passées dans la région des trois frontières entre la France, l’Allemagne et la Suisse : bastion de l’imprimerie.
Même s’il aimait particulièrement les villes de Strasbourg et Sélestat, c’est à Bâle qu’il s’est établi en 1521 ; pour la bonne raison que la ville suisse l’avait accueilli quelques années auparavant comme « la lumière de la vie » et que « son » imprimeur Johann Froben y résidait. En 1529, Érasme est cependant obligé de déménager pour la ville catholique de Fribourg-en-Brisgau ; sa situation à Bâle étant devenu trop difficile face à un protestantisme de plus en plus virulent. Il a d’abord habité dans La Maison de la baleine, de la fin de l’année 1529 à 1531 ; avant d’acheter une modeste maison lui convenant mieux – sa première résidence fribourgeoise ne lui plaisant guère, du fait de la promiscuité avec les autres locataires et du loyer élevé.
Il est cependant retourné à Bâle en 1535, afin de contrôler l’impression de son livre L’Ecclésiaste ; mais sa santé ayant fortement décliné, il y meurt dans la nuit du 11 au 12 juillet 1536.
DIAPORAMA SUR LA MAISON DE LA BALEINE
