L’Arbre de La Gendronnière

Voici la deuxième partie (L’Arbre) du poème didactique Mon Heimat chez les Grecs ; qui se veut une tentative de re-dite du texte de la conférence (Qu’est-ce que la philosophie ?) prononcée par Martin Heidegger à Cerisy-la-Salle en 1955.

« Ainsi toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la Métaphysique, le tronc est la Physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences… »

René Descartes – Lettre de l’auteur à celui qui a traduit le livre, laquelle peut ici servir de préface (Les Principes de la philosophie)

L’ARBRE

Cette phrase / qui assimile la philosophie à un arbre (selon donc René Descartes) / ouvre l’introduction du texte Qu’est-ce que la métaphysique ? de Martin Heidegger / et permet au penseur de la Forêt-Noire de se poser  / à partir donc de cette citation du philosophe de Descartes  [la ville où il est né / qui cependant s’appelait La Haye-en-Touraine / avant d’être rebaptisée Descartes en son honneur)] / de se poser donc / et de nous poser en même temps (lui qui aime tant se et nous questionner) un tas de questions.

Des questions quant à la nature du sol / dans lequel cet arbre de la philosophie est ancré par ses racines / des questions quant à ce qui y serait caché (qui s’entrelacerait avec elles) / des questions quant à la nourriture / la qualité des « sucs nourriciers » qu’elles y puisent  (ces racines) pour que cet arbre puisse croître / des questions quant aux racines elles-mêmes / que Descartes dit (donc) métaphysiques…

Toutes ces questions n’étant (au final) que les ramifications d’une seule et même question / la seule et unique qui vaille pour Heidegger / celle qui l’a interrogé tout au long de sa vie / à savoir ce qu’il en est de ce sol ? / de cette terre ? d’où a surgi cet arbre de la philosophie (tel que décrit par le Descartois avant l’heure).

C’est pourquoi les branches / le tronc et les racines de cet arbre / ne sont (finalement) pour lui / que les barreaux d’une échelle qui mène à cette terre.

Et c’est pourquoi il lui faut descendre un par un les barreaux de cette échelle / passer donc des branches au tronc / et du tronc aux racines / c’est-à-dire (non pas monter) mais faire la marche du soi-disant progrès à l’envers.

Et pour y arriver / tenter d’arriver à cette terre tant désirée (sans possibilité de remontée) / il lui faut même être plus radical / (à savoir) faire table rase de cet arbre dit de la philosophie / en lui coupant non seulement les branches / mais aussi le tronc et même les racines.

Pour en finir donc une bonne fois pour toute avec cet arbre / qui (dans sa verticale vanité) a oublié d’où il venait / au point que ses branches ignorent qu’elles furent des racines avant d’être des branches / au point que son tronc croit tenir debout par lui-même (sans le moindre enracinement) / au point que ses racines (plongées dans l’obscurité) / ont fini par se perdre / et même perdre tout contact avec ce à quoi elles sont pourtant intimement liées.

Alors que bien sûr / sans cette terre / cet arbre ne serait pas / et (en toute logique) ses branches ne seraient pas non plus / et les fruits qui y sont suspendus.

Et oui des fruits / qui ont réussi à pousser sur les branches désunies de cet arbre / donnant ainsi tord à Sénèque qui affirmait que « sans la racine les rameaux sont stériles » / des fruits (donc) / en forme de centrale nucléaire ou électrique (du Rhin ou d’ailleurs) / d’avion à réaction / de machine à haute fréquence…

Un tas de fruits hautement technologiques et extrêmement bruyants / qui nous ont servi à maîtriser toute la planète / mais qui (en contrepartie) nous ont rendus aveugles et sourds aux vrais arbres / que ce soit le « grand chêne » qui a poussé sur « les terres humides d’Ehnried » / ou les oliviers de la patrie d’Ulysse. 

Et encore plus aveugle à l’Arbre d’où ils proviennent tous / puisqu’à l’origine de tout arbre est Celui-ci / à l’image de la plante primordiale découverte par Goethe / de laquelle découlent (par métamorphose) toutes les plantes.

Ce à quoi fait référence l’auteur de La Question de la technique / quand il dit / « Quand nous recherchons l’essence de l’arbre / nous devons comprendre que ce qui régit tout arbre en tant qu’arbre n’est pas lui-même un arbre qu’on puisse rencontrer parmi les autres arbres. »

Néanmoins (tout en étant l’Arbre) le chêne est le chêne et l’olivier l’olivier / qui ont leur raison d’être pour que le multiple puisse se déployer / tout en permettant à l’essence de l’arbre de se manifester sans se montrer (puisque que l’Arbre « n’est pas lui-même un arbre… »).

C’est justement ce que nous (les maîtres et possesseurs de la nature que nous sommes devenus) ne voyons plus et n’entendons plus / et c’est pourquoi nous sommes réduits à « errer » depuis des siècles « à travers les déserts de la terre ravagée » (dixit Heidegger).

Aussi / le philosophe allemand (dans son éloquente générosité) nous invite à nous tourner vers les Grecs archaïques / qui (eux) n’étaient ni aveugles ni sourds mais simplement ouverts au monde / pour que nous retrouvions (à leur instar) cette disposition à l’étonnement et l’émerveillement / que nous nous devons de renouveler au-delà d’eux.

Pour qu’à nouveau nous puissions voir et entendre / à la suite d’Anaximandre et des premiers penseurs de l’Occident / tous les arbres existants / tout en ne doutant pas de la présence invisible de Celui sans qui ils ne seraient pas (même s’ils sont aussi essentiels que Lui).

Pour que nous puissions (de nouveau) nous enraciner dans la terre qui nous a fait naître / notre terre originelle (d’avant l’arbre de la philosophie et ses racines métaphysiques) / afin de pouvoir nous « élever dans l’éther, c’est-à-dire dans toute l’étendue du ciel et de l’esprit » / comme le dit Heidegger dans son texte Sérénité.

Pour qu’enfin (oui) nous puissions (hommes de la terre que nous sommes) nous élever dans le ciel et l’esprit / tels les arbres à l’image de l’Arbre / et chatouiller de nos timides radicelles / les orteils des dieux de l’Olympe.