Dans le cadre du FESTIVAL DU DISQUE de Colmar 2026, organisé par Hiéro, il m’a été donné de présenter une exposition aux côtés de Muriel Hasse Collin et Bruno Lagabbe – alias Le Colonel –, au 4 rue Reiset de Colmar, du 12 au 17 octobre.
Cette exposition se compose de DIX CITATIONS… COMME AUTANT DE QUESTIONS SUR NOTRE RAPPORT À LA MUSIQUE. QUANT À LA MANIÈRE DONT ELLE NOUS AFFECTE, NOTAMMENT EN TANT QU’OUTIL DE POUVOIR. QUANT À LA MANIÈRE DONT ELLE NOUS ASSOURDIT ET NOUS MET AU PAS.
DIX CITATIONS POUR METTRE LES PIEDS DANS LE PLAT DU DIVERTIS-SEMENT, FAIRE SAUTER LES PLATINES, METTRE DU PLOMB FONDU DANS NOS OREILLES.
DIX CITATIONS POUR REVENIR AU SILENCE… SANS LEQUEL, IL N’Y A PAS DE MUSIQUE.
Pour mettre en forme ces DIX CITATIONS, j’ai pris pour support de « vulgaires » cartons, dans l’esprit récup de l’arte povera, sur lesquels j’ai collé des impressions de photos de citations d’une installation de La Ribot, prisent lors de l’exposition DIMANCHE SANS FIN de Maurizio Cattelan, au Centre Pompidou-Metz. Puis, sur ce fond de fragments de textes sens dessus dessous, j’ai collé mes dix citations – qui ne sont pas les miennes –, en m’inspirant de l’esthétique du cut-up – sans que cela soit du cut-up – et de l’esthétique DIY des fanzines punk. Avec comme dernière touche, une touche de kitsch – le grand ennemi de l’art étant le bon goût selon Marcel Duchamp – : des guirlandes de lumière de différentes couleurs.
Voici les DIX CITATIONS en question hors exposition :
« LES EFFETS SONORES D’UNE ÉMEUTE PEUVENT CRÉER UNE ÉMEUTE VÉRITABLE EN SITUATION D’ÉMEUTE. » Williams S. Burroughs – Révolution électronique
« LA MUSIQUE DE MASSE ET LA NOUVELLE ÉCOUTE CONTRIBUENT AVEC LE SPORT ET LE CINÉMA À RENDRE IMPOSSIBLE TOUT ARRACHEMENT À L’INFANTILISATION GÉNÉRALE DES MENTALITÉS. » Theodor W. Adorno – Le Caractère fétiche dans la musique et la régression de l’écoute
« IL FAUT ROMPRE À TOUT PRIX CE CERCLE RESTREINT DE SONS PURS ET CONQUÉRIR LA VARIÉTÉ INFINIE DES SONS-BRUITS. » Luigi Russolo – L’Art des bruits (Manifeste futuriste 1913)
« ON PEUT PARFAITEMENT FAIRE AU ROCK LA CRITIQUE ADORNIENNE FAITE AU JAZZ : SON PLUS GRAND DANGER VIENT DE L’ILLUSION DE LIBERTÉ QU’IL PRODUIT, AVEC SES FRINGUES, SES BRUITS, SES POSTURES SEXUELLES, ALORS QU’IL N’EST EN GRANDE PARTIE QUE LE PRODUIT D’APPEL ALIÉNANT DE L’INDUSTRIE CULTURELLE ET D’UN CONSUMÉRISME EFFRÉNÉ. » Théo Lessour – Chaosphonies
« La radio fut le petit ruisseau par lequel tout commença. Vinrent ensuite d’autres moyens techniques pour recopier, multiplier, augmenter le son, et le ruisseau devint un immense fleuve. Si, jadis, on écoutait la musique par amour de la musique, aujourd’hui elle hurle partout et toujours “sans se demander si on a envie de l’écouter”, elle hurle dans les haut-parleurs, dans les voitures, dans les restaurants, dans les ascenseurs, dans les rues, dans les salles d’attente, dans les salles de gymnastique, dans les oreilles bouchées par des walkmen, musique réécrite, réinstrumentée, raccourcie, écartelée, des fragments de rock, de jazz, d’opéra, flot où tout s’entremêle sans qu’on sache qui est le compositeur (la musique devenue bruit est anonyme), sans qu’on distingue le début ou la fin (la musique devenue bruit ne connaît pas de forme) : l’eau sale de la musique où la musique se meurt. » Milan Kundera – L’Ignorance
« À la rencontre de la musique l’oreille ne peut se fermer. La musique, étant un pouvoir, s’associe de ce fait à tout pouvoir. Elle est d’essence inégalitaire. Ouïe et obéissance sont liées. Un chef, des exécutants, des obéissants, telle est la structure que son exécution aussitôt met en place. Partout où il y a un chef et des exécutants, il y a de la musique. » Pascal Quignard – La Haine de la musique
« CECI N’EST PAS UNE ÉTUDE. C’EST UN MANIFESTE QUI PORTE UNE ÉTRANGE CONVICTION : QUE LA MUSIQUE RESTE À DÉCOUVRIR, QU’ELLE EST ENCORE CACHÉE. QU’ELLE APPARAÎT POURTANT, PARFOIS, MAIS LE PLUS SOUVENT DE MANIÈRE LACUNAIRE. ET QUE CE QUE NOUS AVONS JUSQU’ALORS DÉSIGNÉ PAR “MUSIQUE” N’EST QU’UN PRÉLIMINAIRE, UN PRODROME. » François J. Bonnet – La Musique à venir
« Le fait est qu’on ne fait pas de la pop avec de bons disques, de jolies voix et des interprètes mignons – tout ça, ce ne sont que des détails. En vérité, la pop se nourrit de superhéros et de super-dollars, d’hystérie de masse fabriquée, de changements sociaux profonds, d’instants de folie collective. » Nik Cohn – Awopbopaloobop Alopbamboom
« Pour Jacques Attali, il y a trois types de stratégies possibles que le pouvoir peut mettre en œuvre afin d’utiliser la musique pour servir ses propres desseins. La première consiste à faire en sorte que la musique soit un moyen de faire oublier la violence socialement généralisée du système en place, la seconde à faire croire que le monde est en bon ordre et harmonieux (donc légitime). Enfin, la troisième (plus contemporaine) consiste à réduire le peuple au silence “en produisant en série une musique assourdissante et syncrétique, en censurant le reste des bruits des hommes”. » Alexei Monroe – Laibach & Le NSK
« … ce sont en réalité les Allemands qui sont responsables de “Blonde on Blonde” et de “On the road” ; le Reich n’est jamais mort, il s’est simplement réincarné… dans des archétypes américains pondus par des mannequins aux yeux vides, enchaînés à leurs machines à écrire et à leurs guitares, tremblotant comme des rhinocéros en pleine copulation. » Lester Bangs – Psychotics reactions & autres carburateurs flingués (Kraftwerkfeature)
DIAPORAMA SUR L’EXPOSITION DIX CITATIONS…
