À l’occasion de la quatrième édition du Festival du disque de Colmar, qui s’est déroulée du 12 au 18 octobre 2026 ; Hiéro, qui en est l’organisateur, a invité François Gorin. Aussi, il a participé à deux évènements : un salon d’écoute et une rencontre thématique.

Pout tout lecteur du magazine Rock&Folk – comme je le fus au début des années quatre-vingt –, le nom de Gorin est évocateur. Il apparaissait régulièrement parmi ceux de Paringaux, Manœuvre, Garnier, Cachin, Assayas, Chalumeau… Un temps où les critiques rock symbolisaient véritablement quelque chose ; car c’est par leur intermédiaire que nous – les petits gars de province – pouvions avoir accès à toutes ces musiques anglo-saxonnes qui nous fascinaient, et à laquelle nous avions difficilement accès, hormis quelques émissions de radio – je vous parle d’un temps où internet n’existait pas. Gorin a donc passé quelques années dans les colonnes de Rock&Folk ; puis, par peur de lasser et désir de nouveaux horizons, il s’est fait journaliste ailleurs, notamment à Télérama où, entre critique cinéma et rédacteur musical, il a animé un blog : Les Disques rayés. Un blog ayant pour mission de nous guider parmi l’offre devenue pléthorique par le numérique – autres temps, autres mœurs – vers les perles rares qu’il affectionne. Car François Gorin est un passionné qui a tout simplement le désir de partager. Un passeur donc, passant par les mots – la musique l’ayant amené à l’écrit ; ses écrits nous amenant aux musiques qu’ils aiment. Et c’est pour approfondir cela qu’il ne s’est pas contenté de la casquette de journaliste et qu’il a écrit ses propres livres, dont Sur le rock, qui a marqué les esprits. Mais aussi des livres sur les musiciens qui l’ont touché ; comme ceux qu’il a publiés aux éditions Le Boulon : My Back Pages – Dylan et Eux, Scott Walker, Je resterai inconnu (Paddy McAloon – Prefab Sprout)… Ou encore celui qu’il a sorti chez Médiapop : Mémoires d’un discomane, où il est question des supports de la musique, du sacro-saint vinyle à la « vulgaire » cassette, qui prennent tant de place dans la vie des mélomanes. Sans compter d’autres écrits prenant des libertés, entre mémoires et fictions : L’Améryque, Le Carnet vert, Le fil à couper le souffle…

C’est tout cela que François Gorin est venu partager avec nous à Colmar, pour ce Festival du disque.

Salon d’écoute 4 : Le parcours musical (et donc vital) d’un rock critic en cinq titres · François Gorin

D’abord le jeudi 15 octobre, lors d’un salon d’écoute, pour un parcours musical en cinq titres, qu’il a soigneusement sélectionnés pour les partager avec nous ; et nous expliquer les raisons de ce choix face aux milliers de disques qu’il a pu écouter. Aussi, ces titres, tels des jalons de sa vie indissociable de la musique, ont résonné à nos oreilles sur du matériel Klinger Favre – le top de la HI-FI. D’abord, il nous a fait écouter « One of Us Must Know (Sooner or Later) » de Bob Dylan, extrait de son album Blonde On Blonde, un album qu’il a fait tourner en boucle au point de le connaître par cœur ; il nous a ensuite charmé avec « Way To Blue » de Nick Drake ; musicien pour lequel il nourrit une tendre affection ; puis « London Calling » du Clash a fait vibrer les murs de la cité colmarienne, et l’ancien journaliste de Rock&Folk de nous expliquer le choc que ce fut pour lui d’entendre pour la premier fois cet hymne Rock’n’roll/punk, comme une déflagration ; le « Everyday I Write The Book » d’Elvis Costello, entre new wave et soul, a quelque peu calmé l’atmosphère, avant de passer au « This Charming Man » des Smiths qu’il a découvert à Londres, en direct du magasin/label Rough Trade. Nicolas Janniard – dont l’un des trois livres préférés sur la musique est justement le Sur le rock cité plus haut – et moi-même, nous lui avons fait la surprise de deux titres supplémentaires – que nous savions qu’il appréciait particulièrement –, pour qu’il puisse nous en dire trois mots : un des cultisimes Nerves (« Hanging On The Telephone ») et un autre de Prefab Sprout (« Cars and Girls »).

Rencontre d’auteur : François Gorin, écrire la musique · Modération Fabrice Voné · Librairie Feuilles d’encre

Le lendemain soir, François Gorin était à Feuilles d’encre, pour une rencontre sur un thème intitulé Écrire la musique, animée par le journaliste Fabrice Voné. Un évènement inaugurant un partenariat entre Hiéro Colmar et cette libraire qui a pignon sur la culture de Colmar. Un partenariat qui, nous le souhaitons, sera suivi par d’autres rencontres pour interroger les liens, les interactions, les limites… entre la musique et la littérature, sous toutes leurs formes. François Gorin était l’interlocuteur idéal pour ouvrir le bal ; lui qui a touché à différents types d’écritures, jusqu’à la bande dessinée – cf. sa collaboration avec le dessinateur Serge Clerc pour l’album La Légende du Rock’n’Roll. Il nous a rappelé à l’occasion que les anglo-saxons, plutôt que de tout séparer et hiérarchiser comme en France, s’en tiennent au simple terme de writer pour désigner ceux qui écrivent. Cette soirée fut l’occasion pour lui de revenir sur son parcours de writer justement, sur son lien à l’écriture né de son goût pour la musique, sur son rapport aux supports qui la véhiculent… Et bien qu’ayant découvert Lester Bangs après s’être mis à écrire ; François Gorin a revendiqué cette manière d’écrire venant du cœur et des tripes ; où la subjectivité a toute sa liberté ; où le goût particulier prime sur l’industrie musicale, où la plume de celui qui la tient – même pour une simple chronique – a toujours son mot à dire…

Salon d’écoute 4 : Le parcours musical (et donc vital) d’un rock critic en cinq titres · François Gorin