Portrait de Bossuet par Hyacinthe Rigaud

« Dans l’ordre des écrivains, je ne vois personne au-dessus de Bossuet ; nul plus sûr de ses mots, plus fort de ses verbes, plus énergique et plus délié dans tous les actes du discours, plus hardi et plus heureux dans la syntaxe, et, en somme, plus maître du langage, c’est-à-dire de soi-même. Cette pleine et singulière possession qui s’étend de la familiarité à la suprême magnificence, et depuis la parfaite netteté articulée jusqu’aux effets les plus puissants et retentissants de l’art, implique une conscience ou une présence extraordinaire de l’esprit en regard de toutes les fonctions et de tous les moyens de la parole. Bossuet dit ce qu’il veut. Il est essentiellement volontaire, comme le sont tous ceux que l’on nomme classiques. »

Paul Valéry – Sur Bossuet (Variété II) 

Bien que né à Dijon en 1627, Bossuet est toujours d’actualité pour nous tous. Et peu importe que nous soyons « croyants » ou non ; que nous soyons catholiques ou protestants ; où que, de son vivant, nous nous serions plutôt rangés du côté de Madame Guyon et Fénelon. Car, en tant que précepteur du Grand Dauphin, il en savait quelque chose de la difficulté d’éclairer les esprits ; mais surtout, il fut prédicateur – sous les auspices, à ses début, de St Vincent de Paul –; et peut-être le plus grand de notre Histoire. Et en ce Grand Siècle, où les plumes rivalisaient de classicisme, voulant « atteindre à la beauté dans la vérité », Bossuet était clairement en haut du panier avec Pascal, Boileau, La Bruyère, La Rochefoucault et autres Racine. Pour preuve ses Sermons et Oraisons Funèbres. Mais s’il est toujours d’actualité du fait de son classicisme, il l’est également au-delà de la forme. Le fond de sa pensée nous est, en effet, encore salutaire. Car en notre époque, où nous sommes happés par mille divertissements, qui n’attendent de nous nul effort mais la soumission à des automatismes nous permettant de nous oublier nous-mêmes et ainsi faire ronronner les data centers ; il nous rappelle, avec force, que notre vie n’est quasiment rien, cernée qu’elle est d’infini où nous ne sommes pas ; mais que pour autant, il ne s’agit pas de la gâcher, cette vie ; de gâcher le peu de temps qui nous est octroyé ; car au regard du ciel, de l’infini, le temps où nous y sommes véritablement (d’une manière juste) demeure, et est donc éternel. Aussi, je vous invite à lire ce texte de quelques pages – qui en valent mille – de Bossuet, Sur la brièveté de la vie, pour votre plus grand bien.

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