Texte sur mon ami peintre Lielos/Daniel Siloret ; dans l’attente de la sortie d’un documentaire que Leïla (Leïlo Tseu) et Anton (Piétaille) lui ont consacré…

Comment dire une peinture ? La difficulté n’est pas nouvelle. Peut-être en commençant, plutôt que par une description frontale, par un regard détourné ; par exemple sur l’auteur de cette peinture ; celle sur laquelle je me penche aujourd’hui : LIELOS. Car derrière toute peinture, il y a évidemment un homme/une femme. Et on peut même aller plus loin ; en disant que toute peinture est un autoportrait – même si elle est paysage, empilement de cubes ou monochrome. Ce qui revient à dire, finalement, que le peintre est sa peinture. Je pourrais donc me contenter de décrire LIELOS, pour que vous sachiez à quoi elle ressemble.

Mais la peinture a son mot à dire ; elle veut toujours dépasser son créateur, l’expulser et même lui survivre. Ce qui revient à dire qu’il est second derrière elle. Peinture qui va jusqu’à faire endosser à son peintre une autre identité ; ici SILORET et en effet devenu LIELOS en peignant. 

Alors finalement, il vaut peut être mieux que je parle de sa peinture plutôt que de lui-même, pour mieux la cerner. À travers, par exemple, cette image (tel un haïku) :

LIELOS / tantôt sage / tôt ou tard exalté / mais toujours avec un sourire au coin de la tête

LIELOS me fait également penser à cette phrase extraite de la bouche de Bardamu du Voyage au bout de la nuit : « Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort,… et c’est moi qui ai raison… » Rarement, en effet, j’ai rencontré quelqu’un d’aussi obstiné ; avec une telle volonté de fer, qui suit sa ligne de conduite même si tout autour de lui, lui demande de la fléchir.

LIELOS / (donc) bloc de volonté

Encore un instant, avant d’aborder sa peinture ; car dans le monde de l’art, il faut situer, entre les différents courants, influences et mouvements, où se situe un artiste.

Alors, où se situe donc LIELOS ?

Pas dans le monde de l’art d’aujourd’hui, qui n’utilise plus tubes ni pinceaux. Puisqu’à l’heure actuelle, si on veut faire partie de l’Histoire de l’art, il vaut mieux faire de la vidéo, du multimédia, des installations, du conceptuel ou trouver un truc branché genre : NEW-POST-AVANT-GARDE ! Pas non plus dans les galeries qui ont pignon sur rue, où se vendent des peintures de « grandes qualités » pour intérieur bourgeois, avec les garanties nécessaires sur investissement.

Alors Où ?

Peut-être qu’on trouvera LIELOS sous le sabot de la roue du vélo du Facteur Cheval !

– Alors cette description, ça vient ? – Oui, j’y viens. La voilà :

La toile, le plus souvent, est espace saturé – alors que LIELOS semble être un bloc serein ! Elle est quadrillée : damiers, mosaïques, labyrinthes de formes qui s’imbriquent entre elles, décomposent cet espace – avec douceur, ou violence, quand un angle aigu va percer la générosité d’une rondeur. Il est question de limites, qui, bien que figées, se déplacent dans le mouvement de l’œil.

LIELOS : Peinture schizoïde

On n’y voit rien, au premier coup d’œil, dans cet imbroglio. Alors l’œil curieux scrute, métamorphose ce qu’il ne voit pas en ce qu’il voit : ainsi un trait donne naissance à une forme, qui donne sens à un objet ; ainsi une lettre amène à d’autres lettres qui donnent un mot à lire.

Lettres et mots, parsèment en effet la toile, comme autant de cailloux à suivre – indices – qui sont autant de signes plastiques ; s’habillant de couleurs pour retrouver une nouvelle virginité, et nous faire redécouvrir l’origine profonde du sens des mots.

Dans l’enchevêtrement des formes se dessinent des bonshommes : hommes, femmes, enfants, bêtes, bateaux… Tous remplis d’humanité, qui font penser à des dessins d’enfants. Simplicité – l’artiste ne cherche pas à prouver qu’il maîtrise une technique, mais cherche à montrer au-delà de la technique – dans la complexité de la toile. Ce qui ne veut pas dire que LIELOS dessine comme un enfant, mais plutôt qu’il a retrouvé cette innocence en lui pour faire un dessin qui nous rappelle l’enfance en nous.

Le tout explosant dans les couleurs, au fil des ans de plus en plus éclatantes, comme si elles désiraient devenir lumières. Rien d’étonnant de la part d’un peintre qui s’est baptisé LIELOS… Les couleurs semblent en effet être un défi à la grisaille vers laquelle s’achemine notre monde – nuage de poussière d’avant l’Apocalypse.

Voilà donc ce que LIELOS nous montre à voir

Mais qui regarde la peinture de LIELOS ?

Car la toile a besoin d’être vue pour être achevée. La toile n’est pas une fin en soi, mais un moyen de transformer le regard et donc le monde – Est-il nécessaire de citer ici Kant ?  : « Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est mais tel que nous sommes ». C’est l’objectif de la peinture, si elle en a un. Pour preuve, quiconque a vu un soleil de Van Gogh ne regarde plus l’autre, dans le ciel, du même œil !

Alors hommes et femmes qui passez devant  LIELOS, ne voyez-vous rien ?

Car LIELOS, soleil à l’envers, face à votre aveuglement, se pose des questions à en devenir paranoïaque :

Suis-je invisible ? Une organisation secrète n’a-t-elle pas mis un rideau noir sur le soleil que je montre aux hommes, par pure bonté ?

C’est pourquoi je vous invite à soulever le rideau de votre indifférence, le temps d’un instant, pour voir le deuxième soleil que LIELOS vous offre, à travers ces quelques images de ses peintures, et plus si affinité…

DIAPORAMA SUR LES PEINTURES DE LIELOS/SILORET