Après une vie fervente et laborieuse, consacrée à l’Esprit, qu’il a honoré à travers mille et un livres, Érasme est mort à Bâle dans la nuit du 11 au 12 juillet 1536. C’est dans cette ville qu’il repose depuis ; et, ironie du sort, son tombeau se trouve en la cathédrale protestante de Notre-Dame de Bâle – lui, qui de son vivant, fidèle à l’église romane, n’a jamais voulu se rallier à la cause de Luther.

Situé dans l’aile gauche de la cathédrale, son tombeau est surmonté d’une pierre où est inscrite son épitaphe aimablement traduite du latin par Mathilda Veit que je vous livre ici, grâce donc à elle, en français :

« Consacré au Christ Sauveur

À Desiré Érasme de Rotterdam

Homme très grand en tous points

Dont l’érudition incomparable dans tous les domaines du savoir

Unie à une sagesse égale

La postérité admirera et célèbrera

Boniface Amerbach

Hieronymus Froben

Nicolaus Episcopius

Exécuteurs et témoins de sa dernière volonté

À leur très bon protecteur

Non pas à sa mémoire

Qu’il a lui-même rendue immortelle par ses propres écrits publiés

Grâce auxquels il survivra encore tant que le monde durera

Et qui parlera aux savants de tous les pays

Mais à son corps mortel

Pour qu’il y repose en paix

Ont placé cette pierre

Il est mort le quatrième jour avant les ides de juillet

Déjà âgé de soixante-dix ans

En l’an 1536 après la naissance du Christ »

Au-dessus de cette épitaphe est la divinité romaine Terminus sous la forme d’une tête, les cheveux au vent. Figure liée à Érasme, qui en a fait son sceau, associée à la formule « Cedo nulli » (« Je ne cède rien à personne »). Formule que ses ennemis se sont empressés de retourner contre lui, la considérant comme une marque d’orgueil ; mais qui renvoyait au-delà de l’incorruptible ligne éthique d’Érasme à la symbolique de ce dieu romain ; à savoir la limite de toutes choses, quelles qu’elles soient ; la mort ne cédant rien face aux rangs et mérites des mortels.

Cette formule n’étant pas sans faire écho à la fameuse formule grecque « Connais-toi toi-même », sur le fronton du temple de Delphes ; nous invitant à prendre la mesure de notre limite face aux immortels. 

DIAPORAMA SUR L’ÉPITAPHE D’ÉRASME