« Europé, qui dormait dans sa chambre à l’étage supérieur, crut voir deux terres se disputer à son sujet, la terre d’Asie et la terre d’en face ; leur aspect était celui de femmes. L’une avait les traits d’une étrangère ; l’autre ressemblait à une femme du pays ; elle s’attachait plus fort à la jeune fille, comme à sa fille, représentait qu’elle l’avait mise à jour et que seule elle avait pris soin d’elle ; mais l’autre, la saisissant de force de ses mains puissantes, l’entraînait sans qu’elle résistât, et déclarait que, par la volonté de Zeus porteur d’égide, il était décidé qu’Europé lui appartenait. »
Moschos – Europé
Le mot « Europe » renvoie au nom de la fille d’Agénor, roi phénicien de Tyr (actuel Liban), dont la beauté avait attiré la convoitise du roi des dieux : Zeus, qui, pour tromper la vigilance de sa femme Héra et de la jeune fille, prit l’apparence d’un magnifique taureau blanc. Ainsi, il se fit remarquer par Europe tandis qu’elle s’amusait sur une plage avec ses compagnes, et celle-ci, attirée par sa beauté, l’approcha pour le caresser, puis, naïve, grimpa sur son flanc… Alors Zeus, aussitôt qu’elle fut sur son dos, prit son envol ; et survola la mer jusqu’en Crête, où il s’accoupla avec elle. De cette union naquit Minos, futur roi de Crête ; tandis que les frères d’Europe partirent vers le soleil couchant, à sa recherche… ; ce qui les amena à coloniser et créer des cités grecques.
Différents auteurs antiques ont relaté le mythe d’Europe, à commencer par le poète bucolique grec Moschos de Sicile, qui lui a consacré de nombreux vers sous le titre Europé (avec donc, dans sa traduction aux Belles Lettres, un accent aigu sur le deuxième « e »). Dans ses Métamorphoses, le poète latin Ovide lui a offert également un récit (Europe) ; et dans ses Odes (Livre troisième – XXVII), Horace y fait référence, et donne même un conseil à la jeune fille : « Apprends à bien porter cette haute fortune : Ton nom baptisera le tiers de l’Univers ! »
Au-delà de la distinction qu’il opère entre l’Occident et l’Asie, le mythe d’Europe illustre ce lien puissant entre l’Europe et la Grèce antique, sur lequel la Renaissance s’est appuyée. À l’exemple de l’humaniste Érasme, qui s’en fait l’un des plus fameux promoteurs, en tissant mille fils de ce lien à travers quantité d’ouvrages. Tout en se faisant le défenseur d’une Europe « unie par un rêve de civilisation commune, qui, grâce à une unité de langue (ndlr : le latin), de religion et de culture, devrait mettre fin à l’antique et funeste discorde » ; pour reprendre les mots du livre que Stefan Sweig a consacré au Prince des humanistes.
DIAPORAMA SUR LES LIVRES OÙ APPARAÎT LE MYTHE D’EUROPE…
