« Je considérerai comme européens tous les peuples qui ont subi, au cours de l’Histoire, les trois influences que je vais dire. La première est celle de Rome, […] la seconde est celle du christianisme, […] enfin, l’apport de la Grèce est ce qu’il y a de plus distinctif dans notre civilisation. Nous lui devons la discipline de l’Esprit. Nous lui devons une méthode de penser qui tend à rapporter toutes choses à l’homme, à l’homme complet. »
Paul Valéry – Note (ou l’Européen), tirée de La crise de l’esprit
Érasme symbolise parfaitement ce qu’est un Européen selon Paul Valéry. À savoir d’être à la croisée de Rome, de Jérusalem et d’Athènes. Et le poète français de souligner l’importance de l’antiquité grecque pour notre civilisation. C’est pourquoi j’ai eu l’idée du poème Pseudo-Épyllion sur Érasme ; où je mets, à la place de la belle Europe sur le dos du Taureau/Zeus (cf. Érasme 2), le corps frêle du savant/catholique de Rotterdam… empli de culture gréco-romaine et rêvant d’une Europe unie par l’Esprit.
PSEUDO-ÉPYLLION SUR ÉRASME À CALIFOURCHON SUR ZEUS
Du Parnasse l’œil omniscient du maître de l’Olympe vit sur la rive Érasme / et de cette hauteur / sa « tête étroite » pleine des Saintes Écritures le lui mouilla de tendresse / si bien qu’il se dit tout haut loin d’Héra : Pourquoi m’empêcherais-je de me mêler de sa vie aussi imprégnée de l’Antique jadis ?
Il est vrai (à la décharge du dieu des dieux) que l’image du « petit corps fluet » / tenant contre son cœur (tel un bouquet de fleurs) le Prométhée enchaîné d’Eschyle / était attendrissante.
Aussi / comme il le fit pour Io / Zeus se fit Pégase à cornes et se posa à une encablure du lettré / qui / Ô surprise / attiré par « la corne acérée du taureau » / bondit tel un matador pour l’enfourcher (sans voir la paire d’ailes qui aussitôt se déploya pour les faire décoller).
Étonné de cette folie / le Rotterdamois (sous l’égide de saint Elme) prit d’une main (pour ne pas valdinguer) le bestiau ailé par la corne / et de l’autre empoigna fermement l’une de ses touffes immaculées… et c’est ainsi qu’ils volèrent vers l’Hespérie…
… et qu’ils la survolèrent… quand soudain / ressentant la soif (à force de fendre l’air) / le divin bovin piqua sur la Fontaine du Triton du Bernin / mais (par on ne sait quel prodige) son passager le remonta d’un coup de reins en haut des cieux.
Le voyage aérien continua donc… jusqu’à ce que le dieu (à qui l’amour avait donné des ailes) les battit un peu moins en survolant l’Elbe (à hauteur de Wittemberg) / mais d’un nouveau coup de reins / son cavalier (n’étant pas du genre Vert Galant) / lui fit (sans qu’il proteste) reprendre de l’altitude.
Enfin / n’en pouvant plus d’être assoiffé / le fils de Cronos / voyant sous lui les rigoles de Fribourg / tenta de nouveau une descente / et cette fois (en l’absence de coup de reins) il put se poser pour y boire tout son soûl… ce qui permis à Erasmus (un bacchus au doigt) de passer en douce de son dos / à la Maison (dite) de la Baleine.
Et là / au chaud emmitouflé (loin des courants d’air divins et des singeries des hommes) / il se livra à bien des pensées / qui (hélas) n’eurent guère d’ascendance sur les siècles qui suivirent.
